Vers un climat artificiel ?

Géo-ingénierie : y-a-t-il un pilote dans l’avion ? s’interroge un article de « Science »

La mise en œuvre de projets de géo-ingénierie aura des conséquences sur toute la planète, s’inquiète un article de la revue Science. Même si elle est présentée par certains comme une solution pour atténuer le réchauffement climatique, elle aura surtout en plus des risques inconnus, des effets négatifs sur la sécurité alimentaire, la biodiversité, l’équilibre écologique des océans, augmentera la pollution et engagera les générations futures à poursuivre ce procédé. Pourtant il n’existe aujourd’hui aucune solution de gouvernance à l’échelle mondiale (serait-elle pérenne ?) pour intervenir en cas de mise en œuvre par un pays ou une entité disposant de moyens suffisants.

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Le monde se dirige vers un avenir de plus en plus risqué et n’est pas préparé à relever les défis institutionnels et de gouvernance posés par ces technologies. La géo-ingénierie a des conséquences à l’échelle de la planète.

Traduction

Comment gouverner la géo-ingénierie ?

L’Accord de Paris vise à limiter l’augmentation de la température mondiale de 1,5 à 2 ° C par rapport à la température préindustrielle, mais la réalisation de cet objectif nécessite des niveaux d’atténuation beaucoup plus élevés que prévu. Ce défi a attiré une attention accrue sur les approches de géo-ingénierie du climat, qui modifient intentionnellement le système climatique de la Terre, dans le cadre d’une réponse globale commençant par une atténuation radicale. Cependant, on ne sait toujours pas comment régir la recherche sur les technologies de géo-ingénierie et leur déploiement éventuel.

“La géo-ingénierie a des conséquences sur toute la planète…”

Il existe deux principaux types de géo-ingénierie : l’élimination de dioxyde de carbone (CDR) de l’atmosphère et la gestion du rayonnement solaire (MRS) pour refroidir la planète. La géo-ingénierie n’élimine pas la nécessité de réduire à zéro les émissions de gaz à effet de serre (GES) de manière radicale, combinées à une adaptation aux effets inévitables sur le climat. Cependant, certains scientifiques disent que la géo-ingénierie pourrait retarder ou réduire le dépassement. Ce faisant, nous pourrions exposer le monde à d’autres risques graves, connus et inconnus.

Depuis 2009, la Royal Society du Royaume-Uni, l’Union européenne et la National Academy of Sciences des États-Unis ont reconnu la nécessité d’une gouvernance et d’une approche stratégique des politiques de géo-ingénierie du climat. Cependant, les gouvernements nationaux et les acteurs intergouvernementaux ont jusqu’ici largement ignoré leurs recommandations.

Il y a des exceptions. Les décisions de la Convention sur la diversité biologique ont créé des cadres normatifs pour envisager l’utilisation de la géo-ingénierie. Les amendements à la Convention de Londres et au Protocole de Londres ont intégré la géo-ingénierie marine dans un cadre de gestion des risques. Ces approches peuvent être construites et liées à d’autres processus intergouvernementaux pertinents. Cependant, il n’existe pas de cadre international complet pour régir ces technologies émergentes.

La CDR devrait être mise en œuvre à très grande échelle pour avoir l’effet souhaité. Les besoins en terres pourraient être immenses, affectant les prix mondiaux des denrées alimentaires et la sécurité alimentaire. Les impacts environnementaux incluraient la perte de biodiversité, la pollution par les pesticides et la perturbation de l’équilibre écologique des océans. Toutefois, le plus grand risque à court terme peut être le déploiement unilatéral de MRS par un pays, un petit groupe de pays ou un particulier fortuné. Les impacts réels ou perçus du déploiement pourraient déstabiliser davantage un monde en mutation rapide. Des cadres de gouvernance mondiaux efficaces pourraient réduire ce risque.

La recherche sur les MRS en est à ses balbutiements, mais les véritables défis concernent l’éthique et la gouvernance. Par exemple, devrait-il y avoir un programme de recherche stratégique, associé à un accord global interdisant le déploiement, à moins que et jusqu’à ce que certains risques et questions de gouvernance soient correctement traités ? L’application de MRS sans réduire les émissions et les concentrations de GES condamnerait les générations futures à poursuivre le MRS pendant des siècles. Les impacts comprendraient un cycle hydrologique plus lent, des effets sur la couche d’ozone et une modification de la structure de la mousson. Les impacts régionaux seront probablement plus importants à mesure que le rayonnement reflétera. Les personnes les plus vulnérables du monde seraient probablement les plus touchées. L’acidification des océans se poursuivrait.

Comment les gouvernements du monde détermineraient-ils si les avantages potentiels mondiaux de la géo-ingénierie valent les risques encourus par certaines régions ? Comment les problèmes transfrontaliers et transgénérationnels doivent-ils être traités ? Comment les cadres de gouvernance résisteraient-ils aux changements géopolitiques après plusieurs décennies de déploiement ? Comment ces technologies pourraient-elles être développées et déployées sans saper la volonté politique de réduire les émissions ?

Le monde se dirige vers un avenir de plus en plus risqué et n’est pas préparé à relever les défis institutionnels et de gouvernance posés par ces technologies. La géo-ingénierie a des conséquences à l’échelle de la planète et doit donc être discutée par les gouvernements nationaux au sein d’institutions intergouvernementales, y compris les Nations Unies. La communauté des chercheurs s’est penchée sur bon nombre de ces problèmes, mais la communauté mondiale des décideurs et le grand public ne l’ont pas fait. Il est temps de le faire.

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